s-exposer

 

par Pascale Arcan
Si j’avais su !

Combien de fois avons-nous pensé ceci, et combien de fois nous nous sommes demandés quelles auraient pu être les options que nous n’avons pas choisies.

Si j’avais fait ceci, cela ne se serait pas produit.

Si j’avais pensé autrement, je serai plus en paix.

Si je n’avais pas oublié, tout serait plus facile.

Si j’étais arrivé à temps….

Et si ???

A épouser son passé, on en oublie ce présent, en « ratant » quelque peu la marche du mouvement.

Pourtant, qui n’a pas eu le regret, ou le remord, d’avoir loupé des moments exceptionnels, qui ne se reproduiront jamais ? Qui n’a pas pensé qu’il aurait du être là bas et non pas ici, pour suspendre cet instant et le continuer à l’infini, tant sa beauté était à couper le souffle ? Qui n’a pas désiré très fort que le cauchemar se termine rapidement, afin de passer à autre chose. Tout en gardant dans le cœur, une légère blessure d’imperfection, de ressentiment. Une douleur d’inachevé, de nostalgie.

Je me souviens, je me rappelle, tout est inscrit en moi…

C’est un objet que j’ai gardé, qui me raconte une belle histoire, alors je me laisse emporter par ce doux ronron, qui n’est plus. C’est un parfum qui réveille mes sens et me projette une image, agréable ou pas, mais suscitant des sensations, l’espace d’une seconde. C’est une musique, un son, qui me renvoie au moment où je l’ai entendu et qui ravive en moi un sentiment particulier, agréable ou nostalgique. C’est un flot incessant de stimuli qui accaparent mes sens, ne laissant que rarement mon cerveau distrait. Et pourtant, lorsque ce temps se suspend au beau milieu de ma rêverie, j’en oublie de vivre, je me plonge dans l’abîme de mes réflexions sans en trouver l’issue, à moins qu’un bruit, un mouvement, ne réveille mon imagination fuyante. J’ai encore loupé mon instant présent.

Ainsi, lorsque je laisse mon esprit s’occuper seul de mes pensées, il me promène sur des terrains qu’il me faut lâcher. Je ne suis plus dans cet hier, chargé de souvenirs heureux comme d’autres plus complexes. Je ne suis pas dans ce demain qui n’est pas encore construis, je suis là, et bien là.

Pourquoi devrai-je revenir en arrière pour trouver un élément de comparaison avec mon je suis d’aujourd’hui ?

Pourquoi devrai-je transporter de lourds souvenirs afin de les passer à travers le tamis des culpabilités ?

Pourquoi transposer mes regrets dans ce présent qui coule de source et tente de m’émerveiller à chaque instant ?

Serai-je devenue aveugle à la grandeur de la Vie, pour décider de rester calfeutrée dans de vieux chaussons usés ?

Mais voilà que, le fait même de m’interroger, m’oblige à revenir vers mes acquis et trouver une solution à l’intérieur d’un passif disparu en cet instant.

Ce qui est accompli l’est « à jamais ». Car, personne n’a pu revenir en arrière pour modifier une once des actes commis. Nous avons progressé dans nos vies, avec les moyens qui ont été les nôtres, à la perfection. Chacun de nous, suivant ses propres choix, s’est immergé dans la création de son quotidien, invitant d’autres aspects de nous-mêmes à partager ce morceau de musique interplanétaire. C’est alors que le mouvement de nos libertés, de nos contraintes, de nos aspirations, de nos douleurs, de nos choix, nous ont fait réaliser combien il est important d’être là, ici, dans cet instant, comparable à une étincelle divine qui honore la Vie au milieu d’une nanoseconde de liberté. C’est bien ici que je respire cette Vie, en même temps que des milliards d’autres que je ne reconnaitrais pas en ce jour. C’est bien dans ce moment que je contemple la beauté de cet enchevêtrement d’expériences. Que je les juge fabuleuses ou absurdes. C’est encore bien maintenant que je construis mon demain aléatoire. Et pourtant, dans mon sac à dos, j’emmène tous les instants de nos expériences, puisque nous sommes tous inter-reliés dans cette immense Beauté qu’est la Vie.

Alors, nul regret ne peut encombrer mon baluchon de souvenirs, puisque je ne puis être certaine que, demain, ce sera moi qui me réveillerai, ici même ou dans d’autres pièces du puzzle immense des possibles.

Qui me dit que je suis moi ? Qui est vraiment certain d’être qui il est, dans et sur ce plan si étriqué et pourtant si fabuleux, au beau milieu de la création de ce que les êtres « humains » ont voulu en faire ?

Tout à toujours été absolument parfait. Et si j’ai douté, parfois, c’est parce que l’on m’a proposé d’autres éventualités, mais qui n’étaient pas issus de ma « fabrique » personnelle.

En conséquence, personne n’a tort ou raison, personne ne se trompera jamais. Chaque chose et chaque être est pure merveille au beau milieu de l’enchevêtrement de nos possibles.

Mais, « devant », reste la plus prodigieuse des éventualités infinies de notre baguette de mage : créer consciemment notre futur passé.

Qui vient avec moi, créer et jouer à l’humain heureux de contempler cet espace infini, ce terrain propice à toute création, cet instant présent déjà terminé qui attend le nouveau mouvement de la Vie sans fin, sans hier culpabilisant, sans demain pire qu’une abime, sans aujourd’hui empli de surprises ?

Restons des enfants de l’Univers, qui n’oublient plus jamais de rire, de jouer, d’être fabuleusement heureux, afin de que tous nos possibles le ressentent pleinement et le soient, enfin.

Nous sommes si beaux et si parfaits, dans nos haillons d’humains !! Maintenant et pour « le jour » des temps …

Retrouvez les chroniques de Pascale Arcan sur la Presse Galactique

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