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par Sylvie Joubert

Connaissance n’est pas savoir, il y a dans la connaissance quelque chose de plus. Ce plus s’éprouve de toutes les façons possibles et imaginables, il ne peut être seulement défini par une culture encyclopédique se nourrissant de toutes choses. Peu de termes comme celui-ci font appel à la fois à l’expérience de la vie courante et à l’intériorité philosophique sommeillant en chacun de nous. La connaissance n’est pas seulement la faculté mentale d’assimiler un contenu objectif ou de réciter une table de multiplication par coeur, encore moins le reflet de ces douteux tests psychométriques nommés QI fort appréciés de notre modernité, disons qu’elle s’apparente plutôt à un état : l’état de l’humain qui sait raisonnablement et qui reconnaît quelque chose faisant écho à un vécu, une souvenance, une intuition, une vision, un ressenti, un sentiment, pourquoi pas une méditation ou une contemplation.

La connaissance peut donc être plus complexe que l’acquis, elle n’est pas forcément l’éducation ni l’érudition, elle entretient néanmoins des liens avec la cognition, la compréhension, le discernement, l’entendement, l’expérience, l’intellection, la notion, la science, la conception et bien sûr la conscience. La connaissance  dote la réalité de reliefs multiples convoquant des états de conscience pluriels que chacun active à son gré en fonction de ce qu’il est, de qui il est, mais aussi de la qualité d’attention qu’il choisit d’accorder aux êtres et aux choses. En prononçant tout haut ce mot, nous identifions le préfixe co (et ses variantes con et com) venant de la préposition latine « cum » signifiant « avec », de sorte que la connaissance émerge avec la naissance : elle n’est donc pas une opinion, elle est plus universelle et plus originelle que cela … Tout un programme !

La connaissance est un état et une naissance, elle est donc un « état naissant » qui, comme son nom l’indique, désigne la fin de quelque chose et le début d’autre chose. En raison de cet « état naissant », un lien peut être fait avec l’amour dont le chercheur en sociopsychologie italien Francesco Alberoni, nous dit qu’il est l’état de grâce naissant d’un mouvement collectif à deux, moment où surgit un nous collectif et social. L’amour baigne dans une grâce, or, notons que ce mot grâce nous vient du latin «gratia» signifiant (re)connaissance…. Résonance étrange où la grâce fait la reliance entre amour et connaissance ! Amour et connaissance ne seraient-ils pas des parents proches, du moins pas si étrangers l’un de l’autre ? On comprend alors pourquoi chacun d’entre nous sent confusément que la connaissance est toujours plus que le savoir encyclopédique, plus que l’intellect pétri de culture savante.

L’amour est un état de grâce dit Alberoni et la grâce une (re)connaissance. Quant à la connaissance, elle est un état naissant semblable à l’amour entouré de sa grâce. Aussi, il est probable que lorsque l’amour entre deux êtres disparaît, un pan de la connaissance se désunit, meurt puis se fige, retournant alors à la dualité et au séparatisme. C’est alors que les oppositions recommencent : la raison se dresse contre le cœur, la logique contre l’intuition, toutes ces fractures étant à l’image de notre condition humaine imparfaite et souvent affreuse.

Amour et connaissance sont solidaires par leurs « états naissants » pris dans un jeu de miroir. Une conscience claire du lien unissant ces deux états produit chez un être ou une société un dépassement naturel des clivages. La désynchronisation de ces deux états naissants est source de fractures personnelles, condamnant par la même occasion la conscience collective et le corps social à n’enfanter que des paradigmes calqués sur la dualité, c’est-à-dire sur les oppositions ainsi que le doute qui est, hélas, livré avec. C’est là ce qui distingue catégoriquement le savoir de la connaissance, car si le savoir peut produire du doute en raison des oppositions dans lesquelles il baigne, la connaissance jamais.

Tout être sujet au doute chronique dans sa vie personnelle, de même que toute société en proie aux conflits répétés, ne peut espérer trouver une solution qu’en redonnant un peu plus de place à la connaissance, qui elle-même réactive l’élan de l’amour… et vice versa. Bien des solutions à nos vicissitudes se trouvent dans cette danse perpétuelle entre amour de la connaissance et connaissance de l’amour.

Oui, je pense que nos connaissances sont à l’image de la place que nous accordons à l’amour, et que l’amour est lui-même à l’image de nos connaissances. Ces états naissants forment un système global où ce qui touche l’un touche l’autre en même temps, et que toute analyse individuelle ou sociale doit tenir compte de l’indissociabilité de ces deux états naissants. Je crois aussi qu’on ne badine pas plus avec la connaissance qu’on ne badine avec l’amour,  «… mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.» Alfred de Musset (Extrait – On ne badine pas avec l’amour)

Sources: texte proposé à la Presse Galactique par son auteur Sylvie Joubert – www.sylvie-joubert.fr

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