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par Agnieszka Rouyer

Ce n’est pas la drogue qui fait que les gens tombent dans la dépendance, mais un sentiment d’isolement et le besoin d’échapper à la douleur émotionnelle. Presque tout ce que nous savons sur les addictions est faux, et il est temps de regarder ce phénomène de façon complètement différente.

Presque tout dans le monde d’aujourd’hui peut devenir une drogue, en commençant par les friandises, internet, la télévision, les infos. Certains sont accros au shopping, d’autres au sexe, et d’autres aux smartphones… Bref tout peut devenir une source d’addiction.

Toutefois, le stimulant externe seul n’est pas addictif. C’est notre propre désir d’échapper à ce qui se passe à l’intérieur de nous.

C’est un besoin de se retrouver dans un ‘paradis’, dans la transition d’un état aliéné à l’état de connexion avec d’autres personnes. Qu’est-ce que cela veut dire? D’où vient cet état et quelle est son origine ?

Eteindre l’incendie

Selon la théorie de l’Internal Family Systems Therapy (IFS), l’addiction est une stratégie de distraction des émotions que nous ne parvenons pas à gérer autrement. Beaucoup d’entre nous ont été blessés dans le passé par une personne ou une situation. Ces blessures peuvent révéler, à l’âge adulte, des sentiments de peur, de honte, de culpabilité, de désespoir, de rejet, d’abandon… Et ce sont justement ces blessures psychologiques qui mènent à un état d’aliénation, de séparation, de solitude.

Selon l’IFS, quand notre psychisme ne sait pas comment faire face à cette souffrance, au sein de notre personnalité se forment des soi-disant pompiers (firefighters). C’est une partie de notre personnalité responsable de la « lutte contre l’incendie« .

A chaque fois, quand une vague d’émotions difficiles nous inonde, ce pompier (autrement dit, ce fonctionnement alarmiste de notre mental) prend le contrôle, et fait tout pour détourner notre attention des expériences douloureuses. Nos pompiers agissent sur nous de multiples façons. Certains ouvrent leurs frigos au milieu de la nuit et engloutissent toute sorte d’aliments, d’autres surfent sur des sites pornographiques, d’autres encore se noient dans l’alcool. L’effet doit toujours être le même – soulager la douleur.

Le problème est que les émotions qui ne sont pas ‘travaillées’ ni ‘observées’, reviennent en force en nous, et donc, créent le besoin d’une intervention du pompier.

Les addictions peuvent avoir plusieurs visages, mais habituellement elles se résument en un seul – une tentative de détourner notre attention des émotions qui essaient prendre d’assaut notre conscience. Les émotions veulent s’exprimer, veulent être comprises et acceptées. Plus nous essayons d’échapper à notre souffrance, plus elle se fait entendre.

Afin de nous libérer de l’addiction, nous devons travailler non seulement sur le mécanisme de l’addiction, mais surtout, sur ce dont notre addiction veut nous protéger. Souvent, cela  nécessite un travail thérapeutique sur les parties les plus blessées et souffrantes de notre personnalité.

Réglage des émotions

Quand nous ne sommes pas prêts pour une psychothérapie, ou bien quand notre addiction n’est pas encore fortement ancrée, il y a peut-être une autre issue. Nous pouvons apprendre à « réguler » nos émotions plutôt qu’aller chercher ce qui nous maintient dans la dépendance. La clé ici est de trouver un moyen simple et efficace pour libérer la douleur émotionnelle qui, jusqu’à présent, était le stimulus qui tendait vers la drogue.

Par exemple, plutôt que de se jeter sur une tablette de chocolat quand nous sommes tristes, nous pouvons faire une promenade. Au lieu de boire de l’alcool quand nous nous sentons seuls, nous pouvons apprendre à méditer. Et ainsi de suite. Tout se résume au fait de faire face efficacement à ce que jusqu’ici, nous avions une grande envie de fuir.

Je remarque que l’addiction est souvent un processus assez complexe, qui renferme plus qu’une ou deux parties de notre personnalité. Par exemple, si mon addiction est la cigarette, une partie de moi veut arrêter de fumer, car elle se préoccupe de ma santé. La seconde veut arrêter de fumer parce qu’elle tient à économiser de l’argent. Cependant, la troisième partie peut avoir envie de fumer, parce qu’elle veut satisfaire son besoin d’appartenance à un groupe de personnes. La quatrième peut également vouloir fumer, parce que c’est la seule manière qu’elle connaît pour se relaxer.

L’erreur que font la plupart des gens est d’essayer faire face à la dépendance sans prêter attention à toutes ces parties de la personnalité. Ce sont ces parties qui tirent les avantages de l’addiction. Si on n’apprend pas à répondre à ces besoins autrement, ces parties voudront très vite revenir à la manière la plus facile de satisfaire nos besoins – parce qu’elles ont toujours besoin d’un sentiment d’appartenance ou de déstresser facilement.

C’est pour cela que le travail sur toute dépendance devrait commencer par :

  • Examiner toutes les parties blessées de notre personnalité afin de nous libérer de la souffrance
  • Localiser les autres avantages que nous tirons de notre dépendance, et trouver différents moyens pour satisfaire ces besoins.

Quand ces deux points seront « décochés », nous allons travailler cette plus grande partie -comportement de l’addiction – l’habitude qui nous plonge dans l’addiction (si à ce stade-là ce sera encore nécessaire).

Cela vaut la peine de tenter d’y faire face par soi-même. Cependant, dans de nombreux cas, les rencontres avec le psychothérapeute seront nécessaires. Il n’y a rien à craindre, parce que si tu trouves un bon spécialiste, la thérapie peut s’avérer la meilleure chose qui t’arrive dans la vie.

Et pour le faire, il ne faut pas avoir des troubles bien identifiés. La psychothérapie est idéale également pour les personnes « saines mentalement » qui portent, souvent, des blessures profondément enfouies (ce qui peut mener vers des addictions…).

Accorde alors quelques instants pour réfléchir aux questions suivantes :
1. Quelle est mon addiction à moi ?
2. A quoi je tente d’échapper à travers cette addiction ?

Pour répondre à la deuxième question, tu peux te rappeler comment tu te sens juste un peu avant le fait de te diriger vers l’objet de ton addiction. Ferme les yeux, et imagine la situation  – quelles émotions te traversent ? Quelles émotions sont donc responsables, celles qui te motivent à aller chercher la drogue ?

AGNIESZKA ROUYER

C’est avec joie que je réponds à vos questions !

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