par Bertrand Duhaime

POUR SE RÉALISER PLEINEMENT, IL FAUT SAVOIR CONSTAMMENT RAMENER L’EGO À SA PLACE…

Celui qui compte s’illuminer gagne à se montrer simple, humble, modeste, mais sans se duper dans sa conduite et sur ses intentions, car il deviendrait le seul à se leurrer.  Mais, à son insu, surtout à l’époque présente, trop de chercheurs se laissent dominer par les inclinations obscures de l’ego.

En passant l’humilité ne consiste pas dans le fait de s’abaisser, de s’effacer, de se déprécier ou d’exprimer de la déférence en présence d’un être supérieur, mais à occuper sa juste place, soit à se reconnaître, sans orgueil ni culpabilité, autant dans ses grandeurs que dans ses faiblesses, sans en soustraire ni en ajouter, de manière à apprécier ses réussites et à accepter de corriger sans délai ses travers, de saisir le sens de ses échecs ou revers apparents et de se rapprocher toujours davantage de la Perfection dans ses expériences terrestres.

Évoluer ou ascensionner, cela devient l’histoire de la maîtrise progressive de ses expériences.  En cela, c’est la voie de la quête de la perfection du moment qui ramène à la Perfection originelle, si la Perfection existe, si elle s’impose comme l’idéal à atteindre…  En cela, l’ego reste le plus redoutable des adversaires en raison de ses déguisements de caméléon qui le rendent difficile à percevoir, à repérer, à reconnaître.

D’ailleurs, l’injonction de garder son ego à sa place n’appelle pas à le détruire, à l’éliminer ou à le dissoudre, ce qui se produira au moment opportun, quand il n’aura plus d’utilité.  Chez chacun, l’ego se dissout de lui-même au gré de l’émergence et de la prise en charge du Soi supérieur.  En effet, dans l’ordre du contingent, donc de la troisième dimension, l’ego détient un rôle d’importance, celui de construire des moules de pensée, d’élaborer les plans de survie, de faire ses propres choix, ce qui implique les manières de répondre à ses besoins concrets, mais psychiques aussi, afin de se sentir protégé et d’avoir l’esprit suffisamment dégagé pour s’occuper de l’essentiel, soit de découvrir la manière de vivre la Vraie vie, une fois qu’on s’est donné les moyens qui accordent cette liberté.  Alors, ce n’est plus d’abord l’intellect qui doit prédominer, mais le cœur, puisque l’intellect, malgré ses prétentions de sagesse, ne comprend rien à ce qui dépasse l’entendement personnel.  Du reste, c’est pour cette raison que l’ego, création de l’intellect, pour ne pas dire caricature du mental, non émanation du cœur, s’agite toujours autant, tentant d’imposer son apparent savoir et sa suprématie, parce qu’il se sait peccable et mortel.  Chose certaine, l’Illumination ne se produit que dans la mesure que l’ego cède de la place à l’Esprit de Vie à travers soi, jusqu’à ce qu’il occupe toute la place, suite à une alchimie subtile de fusion du Ciel et de la Terre, de l’Esprit et de la Matière.  En effet, l’ego ne fait pas d’un être incarné un Initié, mais un égotique, probablement plus égoïste qu’il ne le croit, qui ne tarde pas à vivre l’illusion de l’Illumination, plutôt que l’Illumination elle-même.

Mais comment l’égoïsme de l’égotique se manifeste-t-il?  Toujours de façon très sournoise et ratoureuse, c’est-à-dire souvent inconsciente, pour éviter d’être démasqué.  Premièrement, il amène à croire que le monde entier tourne autour de soi et qu’il détient le devoir de combler ses vœux, donc de toujours répondre à ses attentes.  Ensuite, il porte à se valoriser ou à se revaloriser par le reflet qu’on obtient dans le miroir d’autrui ou par l’écho qu’on déclenche dans son environnement.

Ainsi, un être ne s’apprécie plus pour ce qu’il est, parce qu’il est apte à s’apprécier à sa juste mesure, qu’il détient la lucidité pour y arriver, mais d’après la réaction extérieure consécutive à son choix d’attitudes, de comportements, de gestes ou d’après l’importance de la place qu’il croit occuper dans l’expérience d’autrui.  Il trouve toujours une astuce pour se faire valoir et faire noter sa présence, même par un silence inhabituel, louche ou intrigant, s’il n’y parvient pas autrement.

Pareil être peut se démontrer des plus généreux, mais jamais dans la parfaite gratuité, il ne s’agit là, pour lui, que d’une manière de plus de s’acheter de l’estime, de l’attention, puisque la haute considération d’autrui reste sa motivation presque permanente.  Et s’il a été généreux avec vous, en argent ou en autres dons, il trouvera bien le moyen, en public, de vous mettre en situation d’en rappeler la provenance: «Où avez-vous déniché telle chose ?» «Où avez-vous trouvé ce trésor? «Ah, c’est de moi qui vous l’ai donné, je ne m’en souvenais pas donné!»  Il finira toujours par trouver un moyen de faire savoir aux autres ce qu’il a fait pour vous, ce qu’il vous a donné, à quel point il se croit utile ou secourable auprès de vous, pour éviter de se dire résolument indispensable.

C’est ainsi que, du matin au soir,  jour après jour, il n’est «heureux» ou «joyeux», il n’éprouve du plaisir à vivre, que dans la mesure où il joue un rôle lui permettant de se mettre en scène.  Et il se joue différemment son numéro — car il est très subtil, ingénieux et inventif — soit par son rire sonore, par sa manière de se vêtir ou de se comporter, par l’étalage de sa présumée science ou compétence, par ses interventions providentielles, par ses ingérences dans la vie des autres, par la manière qu’il soit parvenu à épater ou à ébahir les autres.

Dans certains cas, il peut même aller jusqu’à feindre l’effacement ou à choisir la réclusion — ce qui devient un muet appel à autrui de lui manifester toute l’attention qu’il croit mériter ou de lui permettre d’occuper toute la place qu’il croit détenir, sans quoi nul n’est digne de sa présence.  Car l’isolement ou le repli ne représentent, pour certains, qu’une manière de solliciter des autres qu’ils fassent tout le chemin vers eux.

L’égotiste ou l’égocentrique ressent ce besoin constant d’un retour positif, car le moindre retour négatif l’abat, le désespère, le déprime, le démotive du fait que, dans l’ignorance ou l’oubli de sa réalité ontologique, il ne possède aucune estime personnelle, aucune confiance en lui-même.  Il ne les retrouve qu’en jetant de la poudre aux yeux de son entourage.  Il lui faut constamment être vu, considéré, admiré, reconnu, apprécié, occuper la première place, pour garder la motivation de vivre.  Car, chez l’égocentriste, il faut étonner à tout prix.

Ainsi, lorsqu’un pareil être vous raconte ses expériences, il parle assez peu de lui, se ressentant plus ou moins insignifiant ou inférieur, mais il insiste sur les réactions positives qu’il a pu susciter autour de lui par l’apparente supériorité de ses propos, de ses actes, des ses connaissances ou par de son degré élevé de Lumière.

S’il suit des cours de spiritualité, dans les coulisses, il devient le perroquet de l’Instructeur, répétant, sans trop s’en rendre compte, mot à mot les maximes qu’il a apprises, afin d’obtenir la confirmation de sa prétention de grande sagesse ou d’obtenir du crédit, car cet imposteur se permet de donner des petits cours à tout un chacun, s’étonnant parfois d’être si mal apprécié en retour, parce qu’il ne maîtrise pas ce qu’il avance, ce qu’il tente de partager.  Si son orgueil est suffisamment fort, il ira jusqu’à tenter d’éclipser le Maître qui l’instruit puisque, pour lui, il n’est jamais qu’un être humain comme un autre, un rival secret qui réduit son champ d’action.  Ou, s’il lui témoigne de la considération, il tentera de s’insérer dans son entourage, jusqu’à se faire prétendre son égal, cherchant l’intimité de toute personne à laquelle l’Instructeur en accorde ou tentant d’établir avec elle une relation de même niveau.  Ou il tentera de se faire savoir important pour lui, multipliant les services à son endroit, surtout s’il y a du monde autour pour le regarder, le remarquer, peut-être l’encenser.

L’égocentrique, plus égoïste qu’il ne le croit dans tous ses actes et ses choix, s’accorde le mérite (ou une large part du mérite) dans toutes les situations dans lesquelles il accepte de s’impliquer, de sorte que s’il n’y parvient pas, il n’y trouve plus d’intérêt, il se sent déprécié, négligé, écarté, rejeté.

Le problème c’est que, l’égotisme ne donne que l’illusion d’évoluer, elle fait d’un être un illuminé, non un être qui, progressivement, s’initie aux lois de la Nature et aux Principes du Cosmos, mais un être qui tente de fuir dans l’Esprit et croit y parvenir, ce qui n’est nullement le cas, parce que, accordant trop d’importance à ses prétentions, il reste très fortement lié à la Terre.  À défaut de signes d’expansion probants, il s’invente des prodiges, des actions d’éclat, qui ne témoignent que de l’ampleur de son ignorance, de son incompréhension.

Il croit y parvenir parce qu’il oublie que, sans son Centre divin, il ne peut, seul, rien faire ni rien obtenir, même pas bouger le petit doigt.  Car, avec le temps, le fait de lever le petit doigt ne représente plus qu’un réflexe acquis qui résulte, dans la répétition, de la fusion de la volonté de l’être incarné de parvenir à un résultat précis et de la réponse neutre et automatique de son Centre divin, la Source de l’énergie de vie, donc de la Puissance, qui répond à son moule de pensée ou à son appel, sans jamais porter de jugement de valeur sur ses désirs, ses attentes et ses volontés, sachant que, tôt ou tard, il ne pourra que développer plus de discernement à travers les expériences qu’il choisit de vivre, devant reconnaître que tout ce qui lui arrive provient entièrement de lui, devant en venir à faire le tri entre celles qui élèvent son taux vibratoire et celles qui l’abaissent, le jour où il aura reconnu que, dans son univers, tout, l’agréable comme le désagréable, part de lui et lui revient, puisque, chez chacun, toute émission consciente ou inconsciente revient à l’émetteur, conformément à l’énergie émise, après avoir complété son circuit cosmique.

Les diverses impostures de l’égotique, forcément égocentrique, ne mènent pas à l’Initiation — que d’autres préfèrent appeler Ascension de la conscience — elle ne fait qu’entretenir la régression du fumiste qui, finissant par perdre ses racines terrestres et le contact avec la réalité, se perd dans l’Illusion, ce qu’il ne réalise souvent que trop tard!
L’ego, qui ne permet d’obtenir qu’une vision très relative ou limitée du monde, pérore, s’active, s’obstine, s’entête, s’acharne, quand l’âme œuvre sereinement et tranquillement, se contentant d’accepter, d’accueillir, de faire confiance, de lâcher prise, donc se satisfaisant d’être.  Il va jusqu’à amener à présumer que, dans un contexte précis, lorsque tout sera en place, la paix pourra s’établir, pendant que l’âme rappelle, dans un murmure, que ce n’est jamais qu’en installant la paix en lui que tout se met en place, que tout s’accomplit conformément à son propre rythme évolutif.

L’Amour est la clé de l’Initiation et celui-ci rayonne dans la mesure de la compréhension de soi, de l’estime de soi, de l’acceptation de soi, dégagée de toute prétention, qui conduisent au souvenir que chacun n’est jamais qu’un étudiant à l’École de la Vie et un Serviteur de Dieu auprès des autres, plutôt que de jouer à l’imposteur qui s’illusionne sur sa propre importance, sur son rôle dans la vie ou sur le sens de son propre destin, et qui ne parvient qu’à compliquer l’existence des gens qui l’entourent et à assombrir la sienne.  C’est le sens de la maxime décrivant l’aveugle qui, se prenant pour un voyant ou un intuitif, guide d’autres aveugles et les mène à leur perte temporaire ou les retarde dans leur expansion.  C’est aussi le sens de la maxime qu’il importe de maîtriser ce que l’on apprend avant de le partager, si on tient à s’éviter des humiliations et des déceptions.  C’est encore le sens de la maxime qui recommande de vivre et de laisser vivre, de bien s’occuper de ses propres affaires et de laisser les autres faire de même, n’intervenant jamais là où il n’est pas appelé ou dans les domaines dans lesquels il ne détient pas vraiment de compétence ou de sagesse.  C’est le sens, enfin, de la maxime: la Voie du Ciel, comme le sentier de l’Enfer, sont pavées de bonnes intentions, quand il ne s’agit pas, sans s’en rendre compte, d’intentions bonnes.

Tout bien compris, l’Amour produit toujours plus d’effets dans le silence, le secret, l’humilité, la modestie que dans les artifices et les éclats de l’ego.

Post-scriptum: Noter que le mot «ego» ne prend jamais d’accent aigu, puisqu’il s’agit d’un nom latin dans lequel ce «e» se prononce déjà «é». Ainsi, on aura pu constater qu’il y a erreur d’orthographe dans la photo que j’ai choisie pour illustrer mon petit rappel.

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